Pourquoi les matchs contre l'OM sont-ils toujours particuliers? La pression d'un Louis Nicollin revendicatif la veille du rendez-vous? Le poids de l'histoire du club phocéen et son soutien populaire sans faille? L'incapacité de s'imposer au Vélodrome? Les Pailladins tenteront samedi soir d'exorciser un de leurs vieux démons. Battre Marseille et s'affranchir définitivement avec ce complexe d'infériorité. En se souvenant de ce 30 janvier 2010 et du magnifique 2-0 dans une Mosson en fusion au coup de sifflet final, qui savourait aussi pleinement, ce soir-là, la deuxième place de championnat acquise par la formation de René Girard...
Coincé entre Marseille à l'est et Toulouse à l'ouest, Montpellier a mis du temps pour devenir la métropole régionale que nous adorons tous. L'explosion de la ville dans les années 60, l'héritage massif laissé par Georges Frêche ont permis à notre ville d'exploser depuis plus de quarante ans, reléguant loin, très loin, Nîmes ou Béziers. Une suprématie aujourd'hui indiscutable mais dans l'histoire toute jeune. Qui sait que Montpellier est la huitième ville de l'hexagone, devançant des villes comme Bordeaux? Il n'y a qu'à voir les cartes météos. On parle encore de Nîmes pour donner la température du Languedoc.
Explosion démographique et économique récente, équipe de foot jeune adulte avec ses 37 ans d'existence. Le MHSC pèse peu dans la France du ballon rond, comparé au mastodonte olympien et son centenaire d'existence, ses titres, ses victoires en Coupe de France, et son sacre de Champion d'Europe en 1993. Faut-il y voir la raison principale de cet étrange complexe d'infériorité qui noue les estomacs à chaque rencontre contre l'OM? Il y a pourtant eu des époques où Montpellier piétinait gaiement son voisin du Sud, sans aucune retenue, faisant vibrer ses supporters.
En 1988, un OM de stars venait se faire corriger (4-0) dans une Mosson en transe. Le point d'orgue d'une année exceptionnelle. Une déculottée synonyme de billet pour la Coupe de l'UEFA, la saison même suivant la montée. Il y avait beau avoir Papin en face, Marseille avait volé en éclats et aurait pu repartir de l'Hérault avec deux ou trois buts de plus dans la musette. Vingt-deux ans plus tard, les Pailladins s'offraient un autre succès de prestige. Toujours à la Mosson avec ce (2-0) lové en plein hiver. Une victoire qui validait très tôt dans la saison, le maintien et qui offrait de magnifiques perspectives dans un stade quasiment totalement acquis à la cause montpelliéraine.
Et si quelques autres victoires sont venues s'intercaler, le MHSC n'a jamais en championnat levé les bras en sortant du Vélodrome. On ne reparlera pas du (5-4) de 1998, mais on gardera en mémoire un nombre de rencontres incalculable où les Pailladins n'ont pas osé, donnant l'impression de s'attaquer à un géant, comme en finale de la Coupe de la Ligue. Un combat de David contre Goliath tournant à l'avantage des Phocéens souvent majoritaires en tribune. Que ce soit à la Mosson, ou au Stade de France, Montpellier a souvent souffert de l'engouement populaire massif réservée à l'OM. Sûrement la cause principale de ce complexe.
L'OM, club historique a su fédérer des soutiens dans la France entière, bien souvent dans des zones désertées par le foot de haut niveau, comme dans la Drôme ou l'Ardèche. Et l'Hérault n'a pas dérogé à la règle. Quand le MHSC écrivait les premières lignes de son histoire, des bus entiers sillonnaient depuis longtemps, le département et le Gard au départ de Béziers, Agde, Sète ou Lunel pour rejoindre le Vélodrome. Les seules récentes affluences à la Mosson suffisent aussi pour comprendre que Montpellier n'est pas une ville de foot. Moins de 12 000 personnes pour regarder le second du classement, une hérésie tant notre équipe développe un jeu de qualité.
Faudra-t-il un titre majeur pour que le MHSC fédère de nouveaux supporters? Faudra-t-il un titre majeur pour que certains spectateurs oublient définitivement l'OM et ne soutienne qu'une seule équipe? Le chemin est encore long en entendant un auditeur sur RMC reprocher à Louis Nicollin ses critiques envers le club phocéen. Prétextant que des supporters pailladins étaient aussi pour certains des supporters de l'OM. Une belle victoire samedi soir, nous permettrait déjà de prendre une revanche sur les trois défaites concédées l'an dernier. Et rester le plus longtemps possible devant Marseille serait synonyme d'une saison magnifique. Nous avons un club merveilleux, alors soutenons-le. |