 "Fier d'être à Montpellier"
48 heures avant le coup d'envoi du choc tant attendu à Lens, Thomas Deruda a répondu avec beaucoup de sincérité à nos questions, revenant sur certaines rumeurs lui collant au maillot et surtout sur son début de saison et les ambitions de l'équipe. Une interview sans langue de bois.
Thomas, on va commencer avec ces rumeurs qui te poursuivent depuis ton arrivée à Montpellier. On dit que ta venue ainsi que celle de Sabo étaient indispensables pour que l'OM prête Bocaly au MHSC. On ne peut pas dire que j'ai fait partie d'un package et que si Bocaly venait alors je devais forcément suivre. Garry est venu au club pour être un titulaire à part entière. Jean-Philippe et moi ne sommes au départ que des compléments d'effectif. Maintenant à nous de faire nos preuves pour mériter notre place sur le terrain. Jean-Philippe avait des pistes dans au moins huit clubs, et le Coach connaissait mes qualités.
On dit aussi que tu es venu au club parce que tu étais le filleul de Courbis. Courbis n'est pas mon parrain, vous n'avais qu'à vérifier à Marseille. Mon père en effet connaît Rolland Courbis depuis bien longtemps. Marseille est une ville immense mais est en fait un tout petit village. Maintenant j'ai eu le cursus normal d'un joueur de foot. Le Coach me connaît depuis le centre de formation. J'ai été international moins de 19 ans, et Marseille m'a fait signer mon premier contrat pro après une prestation remarquée lors d'un match de coupe d'Europe contre Bolton. Le Coach connaît mes qualités et il ne faut pas dire que je suis son chouchou.
On dit aussi que lors de ton passage à l'OM, ton père aurait fait pression sur Jean Fernandez pour que tu ais plus de temps de jeu. Mon père a fait des bêtises dans son passé, et on lui colle cette étiquette de mafieux. Maintenant pour rétablir la vérité, il est venu rencontrer Fernandez à l'entraînement pour lui parler de l'évolution de ma carrière. Des journalistes ont aperçu la discussion et en ont immédiatement conclu que mon père menaçait Fernandez.
Tu sais aussi que les noms de Courbis, de ton père, de Marseille font naître beaucoup de fantasmes? Dans le Sud on aime ça créer des histoires, et les journaux parisiens aiment bien critiquer et déformer tout ce qu'il se passe à Marseille. La Provence par contre a toujours été adorable à mon égard, même quand je me suis fait siffler pendant 90 minutes au Vélodrome après ces histoires.
Pourquoi les journalistes ne sont jamais venus t'interroger pour donner ta version des faits? Les journalistes préfèrent donner de moi cette image de garçon dur. Je suis rugueux sur le terrain, et je n'ai pas peur du contact, mais dans la vie, je suis quelqu'un de très simple. Il faut arrêter de croire que je me suis levé un matin en disant que je voulais être footballeur, et que mon père a tout manigancé pour que j'y arrive.
Comment juges-tu ton début de saison? Je suis assez satisfait car j'ai pas mal de temps de jeu. Nous formons un groupe solidaire dans lequel il règne une superbe ambiance. C'est pour moi une réussite personnelle et collective.
On a parfois l'impression que Courbis ne te titularise pas quand il le faudrait? Tu joues contre Nîmes parce qu'il s'attendait à un match ultra physique, mais tu ne joues pas à Guingamp où l'équipe s'est faite dominer au milieu du terrain. Contre Nîmes, je revenais de blessure, une entorse, et je n'ai pas fait un bon match. Nous avons réalisé un mauvais match. Les joueurs ne se mettaient pas trop de pression, mais derrière les dirigeants en rajoutaient en permanence. C'est vrai que Guingamp était une équipe très physique avec des joueurs comme Bassila, et que le Coach privilégie au milieu une récupération vive avec Joris Marveaux, Tino Costa ou Jamel Saïhi.
On a l'impression d'ailleurs que Montpellier a beaucoup de mal contres les équipes physiques et que tu as un rôle important à jouer dans ce secteur, en considérant aussi que Sahnoun ne joue pratiquement pas. Tu remarqueras que je suis un joueur pour être aligné à l'extérieur, que je n'ai pas peur d'aller au contact, et que le défi physique correspond à mes qualités. Maintenant c'est vrai que nous souffrons contre les équipes d'un gabarit supérieur, parce que le coach préfère des joueurs techniques comme Ouadah ou AïtFana. C'est vrai qu'avec la blessure de Saïhi, une place se libère et que j'ai un rôle à jouer.
Donc tu seras aligné jeudi à Lens, tu peux nous en parler? Nous jouerons avec un seul récupérateur et je serai aligné côté gauche. C'est l'occasion idéale pour faire un grand match.
Rolland fera tourner contre Cannes? Tu es déjà au courant de pas mal de changements pour dimanche? On sait déjà que Carotti et Sahnoun seront titulaires. Après le coach a une vision sur plusieurs matchs de l'effectif. Il vient te voir et te dit, tu joues celui-là mais pas le prochain. Il a une gestion très humaine et intelligente de l'effectif, et tout le monde a ses chances pour jouer et être titulaire.
Parlons de ce match contre Lens, c'est un le match à ne pas rater? C'est vrai, on n'a pas le droit de se louper. On va jouer un jeudi, le match est télévisé, c'est le seul match de la soirée. Tout le monde va le regarder, et on n'a pas le droit de passer à travers. On s'est loupé contre Boulogne, Strasbourg et Metz, alors oui si on gagne jeudi et que Strasbourg ne bat pas Boulogne, on a une magnifique opportunité de faire quelque chose de grand.
Le MHSC depuis la redescente en Ligue2 ne réussit jamais ses grands rendez-vous, vous en parlez en interne, à l'entraînement? Oui on en discute, mais on est un groupe très jeune. On est encadré par des personnes formidables comme Bruno Carotti, Philippe Delaye qui nous apportent tous les jours énormément à l'entraînement. Même moi à 22 ans avec mon expérience de la Coupe d'Europe, j'essaie d'apporter un peu, et c'est vrai qu'on forme un effectif jeune.
On sent que cette équipe a le potentiel pour monter mais que sur certaines rencontres comme face à Guingamp, elle est méconnaissable. C'est sûr, il n'y a qu'à regarder notre potentiel offensif, et le nombre de buts marqués. Maintenant on est dans un championnat très bizarre. Tu joues contre une équipe mal classée (sur laquelle tu ne parierais pas une pièce) mais physique et tu ne réussis pas. La semaine d'après, tu rejoues contre une équipe de haut de tableau, joueuse, et là tout se passe à merveille. C'est difficile, très difficile d'être régulier, et c'est évident que si on y arrive alors on pourra viser très haut.
Tu as signé pour un an à Montpellier. Quelles sont tes ambitions ici? Rester le plus longtemps possible. J'ai trouvé un club qui me ressemble. J'ai beaucoup d'admiration pour Louis Nicollin qui a monté le club tout seul, et qui a des valeurs familiales. En plus la ville est une ville que j'adore, il y a une ambiance excellente dans le groupe, donc je suis très heureux. Je pourrai aussi dire un jour que j'ai joué avec quelqu'un comme Carotti Collin ou Lacombe qui sont vraiment des pros exemplaires.
On t'a vu très proche des supporters, embrasser ton maillot contre Lille après avoir marqué un penalty, venir saluer le public très souvent. Je sais d'où je viens. A Marseille, mon oncle a crée les Winners. Je sais ce que c'est pour un supporter de faire des kilomètres, de dépenser tout son argent pour aller au stade alors qu'il a parfois du mal à s'acheter une baguette de pain. On se doit d'être très proche des supporters de venir les saluer, les remercier de nous soutenir, de leur offrir un maillot qui ne coûte au club que 60 euros, alors que pour eux ça n'a pas de valeur.
A Montpellier c'est dommage que malgré 4000 fidèles qui soutiennent sans relache leur équipe, le club n'arrive pas à fidéliser au moins 8000 personnes par match. Il y a du potentiel à Montpellier. C'est une ville superbe avec plein d'étudiants qui ne demande qu'un club de Ligue1 pour remplir le stade.
Un mot pour finir et le titre que tu souhaiterais pour l'interview? Fier d'être à Montpellier
Un grand merci à Thomas pour sa disponibilité et à sa simplicité. |