Dans un long entretien, l'emblématique commentateur sportif de la radio France Bleu Hérault, Philippe Sers, dont on sait touché par une complication, évoque son métier et parle sans concession du MHSC.
- Après votre arrêt - provisoire - d'antenne en décembre 2009, depuis combien de temps commentiez vous les matchs du MHSC sur France Bleu Hérault? J'aurais fêté 25 ans de radio; on les fêtera plus tard ensemble peut-être...
- Quel est votre sport préféré? Il paraît que ce n'est pas le football? J'aime prioritairement le foot, le rugby, l'athlétisme et la boxe.
- Quel est votre plus grand moment d'émotion au micro? A Manchester avec Louis Nicollin, et à l'entrée des joueurs contre Strasbourg pour la remontée. Et le titre de Pro.D2 du MRC contre Tarbes à Montauban en 2004.
- Votre plus grande déception? Mes plus mauvais souvenirs? Aucun.
- Préférez-vous commenter des matchs de Coupe du monde (comme vous l'avez fait en 98) ou la finale de la Coupe de l'Hérault? J'ai tout autant de plaisir et d'application de commenter un match de Mondial que les finales de coupe de l'Hérault. C'est là aussi l'un des attraits de mon métier.
- Comment considérez-vous votre popularité, le fait que les internautes ou les supporters n'attendent qu'une seule chose, entendre et réentendre vos buts? Sur ma popularité, je crois pouvoir dire qu'elle vient du fait que je transmets des images avec des mots, que le Sport avant tout est une fête (et ma façon de commenter les rencontres vont dans ce sens), et que je mets l'accent sur l'essentiel (plutôt que de broder sur le futile, comme hélas bon nombre de mes confrères) = la performance sportive dans sa conception, sa gestuelle, un point c'est tout. Peut-être aussi une joie de vivre communicative...
- Comment avez-vous vécu ces six saisons passées en Ligue 2? J'ai passé de bonnes saisons en Ligue 2, ça m'a changé des grandes métropoles et des autoroutes à l'infini de la Ligue 1. Et puis les longues chevauchées nocturnes sur les départementales rurales m'ont bien servi, en remettant les choses à leur place et à leur vraie valeur. Un match de foot, ça n'est rien d'autre qu'une partie de ballon, un moment de plaisir vrai et partagé, plus souvent d'ailleurs par le bon public de Ligue 2 que celui de l'étage au-dessus...
- Quels contacts entretenez-vous avec les joueurs et dirigeants? Je n'ai pas de proches contacts et complicités avec les joueurs, mais globalement de très bons rapports; peut-être dans mon cas parce que j'ai commenté quasiment toute une carrière pour certains, et que les jeunes d'aujourd'hui avaient 1 ou 2 ans quand j'ai commencé au micro. Et puis en marge de ma fonction de journaliste, assurément qu'à Montpellier (et pas seulement au foot d'ailleurs), je jouis aujourd'hui d'un facteur sympathie qui facilite les rapports, c'est vrai... il en va de même avec les dirigeants des clubs. Par conséquent, il m'est arrivé de passer d'agréables moments sans causer de sport avec mes voisins de table, mais plus souvent hors-foot qu'avec la famille du Montpellier-Hérault.
- Vous est-il déjà arrivé, par le passé, de vous fâcher avec un membre du club? Oui, je me suis fâché avec des membres du club, mais il y a bien longtemps, quand ils n'avaient pas encore compris que je disais ce que je voyais, et pas ce qu'il fallait dire... Mon indépendance et ma liberté de ton ont fait le reste et aujourd'hui, j'en suis un peu fier quelque part. Parce que contrairement à quelques confrères de la profession, je ne fais jamais dans l'extrême (un but, c'est un but et pas la plus belle merveille du monde), une critique peut être constructive quand elle est bien formulée, et pas un ramassis de vulgarité, etc, etc... En somme, il y a mon métier tel que je le vois et l'exerce, et celui de guignol au micro tels que d'autres le pratique pour se donner un genre ou une identité, sans rien connaitre tout en faisant croire.
- Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait devenir animateur de radio ou/et journaliste sportif? De relire ma précédente réponse; le métier de journaliste sportif ne demande pas seulement d'aimer La Paillade et le foot, ni de croire qu'il suffit de bien manier la langue française pour déverser quelques bons mots à l'antenne et assurer sa gloriole personnelle...Ce métier (surtout en radio) est très exigeant car il exige tout à la fois des connaissances, un esprit d'analyse spontanée, du sang froid, de la mesure, un brin d'objectivité, du recul sur le milieu, une bonne santé et la foi. On fait toujours très bien ce que l'on aime bien faire, et cela vaut pour bien des métiers. Mais pour attirer le respect des gens qui vous entoure, rester crédible dans ses propos, ses avis et ses actes. Ni excès, ni complaisance...
- Comment analysez-vous l'excellente première partie du championnat de Montpellier? L'effet surprise, un judicieux recrutement, l'envie de certains d'exploser au grand jour de la Ligue 1, un brin de bonne stratégie de René Girard, pas de stars en dollars, et l'égalisation de Spahic contre le PSG qui a conditionné beaucoup de choses.
- Pensez-vous qu'il soit nécessaire de recruter un ou plusieurs joueurs au mercato? Dans l'optique du maintien (voire d'un ticket pour l'Europa League), je ne crois pas qu'il soit nécessaire de recruter; après tout, l'équipe est aujourd'hui à une place formidable et que je sache, avec des attaquants qui ne marquaient pas, des jeunes qui étaient un peu trop tendres, et une défense en fer qui a un peu joué les passoires par moment. Alors!? C'est la saison prochaine qu'il faudra être très vigilant sur le marché...
- L'euphorie collective des bons résultats va-t-elle, selon vous, perdurer? Dans l'état d'esprit, je pense que ça peut durer encore un petit moment; mais n'oublions pas que seuls les résultats conditionneront le mental. Attention au retour sur terre, surtout !
- Où voyez-vous Montpellier au soir de la 38ème journée? Je vois l'équipe dans les huit premiers au final.
- Le mot de la fin pour nos lecteurs? Je n'oublierai pas de si tôt tous vos témoignages de sympathie et de soutien, pour "le drôle de match" que je vais bientôt entamer... tous vos messages m'aident beaucoup et je vous le jure, je vais gagner cette partie là; avec autant d'amour et d'amitié autour de moi (en tout cas), je n'ai pas le droit de la perdre. Toutefois, je dois vous dire que ça prendra un peu de temps (selon mes 2 médecins, je verrai un bel été, et je serai opérationnel pour la rentrée de septembre). D'ici-là, je vais serrer les dents en pensant entre autres à vous tous, et c'est promis : tournée générale à la sortie du tunnel ! Mon micro me manque, l'ambiance du stade aussi.
Propos recueillis par Guillaume |